Après trois jours de débat tenus en huis clos, le Conseil de guerre de Paris a rendu son verdict: il condamne le capitaine Dreyfus à la peine la plus lourde en cette sorte d'affaire militaire: la déportation à perpétuité en Guyane, à l'Ile du Diable, assortie de la dégradation.
Le jugement est formulé en ces termes: "Alfred Dreyfus, coupable d'avoir, en 1894 à Paris, livré à une puissance étrangère ou à ses agents un certain nombre de renseignements secrets ou confidentiels intéressant la défense nationale, et d'avoir ainsi entretenu des intelligences avec cette puissance, pour lui procurer les moyens de commettre des hostilités ou d'entreprendre la guerre contre la France".
Le procès Dreyfus est clos. Mais l'affaire ne fait que commencer. L'une des plus grandes erreurs judiciaires de la IIIe République vient d'être commise. Signe d'un antisémitisme qui ne demande qu'à se révéler, elle va déchirer la France. Alfred Dreyfus, juif, est accusé de haute trahison sur des preuves fallacieuses, fragiles, qui vont bientôt s'avérer avoir été fabriquées de toutes pièces par de puissants membres du service de contre-espionnage. Mais de nombreuses années seront nécessaires avant que l'innocence de Dreyfus ne soit publiquement reconnue et pour que son honneur, bafoué le 5 janvier 1895 au cours de sa dégradation dans la cour de l'Ecole militaire, soit retrouvé.